Ce texte est extrait du bulletin L'éclosion de décembre 2002.
Travailler à Emmanuel m'a forcée à apprendre à attendre...
Attendre qu'une situation légale se clarifie, attendre qu'une famille se sente prête à adopter, attendre un bébé pour une famille. Et pourtant, chaque fois, une alternative plus rapide se
présente.Je pourrais "caser" un enfant dans une famille parce qu'ils sont sur des listes quand je sais au fond de mon coeur que ce pairage ne doit pas avoir lieu. On pourrait mettre un peu de
pression sur une famille pour qu'elle prenne un enfant même si l'on sait que le temps n'est pas venu pour elle. On voudrait tellement que chaque enfant trouve sa famille, et vite!
J'ai appris avec Emmanuel ce que voulait dire "porter" un enfant dans son coeur, sans jamais le voir.
Dans le monde de l'adoption comme celui de l'enfantement, l'attente est partie prenante du processus. L'attente dont je parle n'est pas passive, loin de là. Elle travaille profondément, prépare
le nid pour l'enfant, ouvre le coeur des futurs parents. Il faut apprendre à s'abandonner à ce qui se prépare, être disponible à accueillir inconditionnellement.
Il faut également permettre au système légal et aux services sociaux de faire leur travail. Cette partie est souvent la plus difficile car parfois elle vole de précieuses journées en compagnie de
l'enfant. Et pourtant, ces limites sont bel et bien présentes et sont même nécessaires. Il est parfois dans l'intérêt de l'enfant de tout clarifier avant son arrivée, tant au point de vue médical
que légal, surtout si l'enfant est plus âgé. Ce faisant, on peut mieux situer l'enfant dans son histoire d'avant et de maintenant, lui donner les bons repères pour qu'il puisse continuer de se
construire et lui aussi s'abandonner à l'adoption.
Dans ce processus d'attente, il vient un moment où toutes les barrières présentes il n'y a pas si longtemps sont soudainement moins là. Et puis, tout se met en branle pour permettre l'arrivée de
l'enfant, bébé ou plus âgé.
Laissez-moi vous raconter mon petit conte de Noël, avec pour thème l'attente...
Nous avons eu la chance, Véronique et moi, d'accompagner tout au long de leur processus d'adoption, Nathalie et Dany, du Lac-St-Jean. C'est en janvier 2002 qu'ils nous ont contactées, suite à un
témoignage dans le journal local de Dominique Lizotte et Gilles Leblanc alors de passage au Lac. Ils étaient débordants d'enthousiasme, d'empressement, voulaient que tout aille vite. Et tout est
allé vite: l'évaluation s'est faite dans le mois qui a suivi. Quand on sait qu'il faut attendre des mois dans d'autres régions, je leur disais leur chance! En plus, leur travailleuse sociale est
merveilleuse. Bref, un vrai conte de fées.
Deux mois plus tard, nous recevons un signalement pour un bébé de quelques mois "boîte à surprise" puisque de multiples problèmes médicaux sont possibles. Du côté légal, quelques imprécisions
sont présentes mais nous sommes rassurées par la travailleuse sociale qui affirme que tout est correct. Nous enclenchons donc le jumelage. Dany et Nathalie sont fous de joie et espèrent ce petit
bonhomme de tout leur coeur. De nouveaux examens médicaux révèlent toutefois que finalement, le bébé se développe très bien et l'intervenante du bébé approche une autre famille de son Centre
jeunesse pour le tout petit et elle accepte, vu son développement "normal"...
Quelle déception pour Nathalie et Dany qui attendaient ce bébé, peu importe son état de santé. Mais ce n'était pas ce bébé qui les avait choisis...
Ont suivi des mois d'attente avec ses hauts et ses bas. Que s'est-il passé dans leur vie à ce moment, quelles ont été leurs réflexions, qu'ont-ils appris de cette expérience? Peut-être nous le
partageront-ils un jour. Quoi qu'il en soit, nous étions nombreux à attendre avec eux ce bébé, à vivre avec eux ce processus.
C'est à la fin octobre, deux jours avant notre visite au Lac-St-Jean, pour une tournée promotionnelle là-bas, que nous avons eu un téléphone de la Gaspésie. Un petit bébé d'un mois était
né...
Une belle situation légale claire, un beau bébé, deux travailleuses sociales fantastiques, tout était prêt pour que nous puissions annoncer la bonne nouvelle! Nous avons eu la chance de le faire
pour la première fois non pas au téléphone mais au restaurant, en compagnie de leur travailleuse sociale que nous venions de rencontrer. J'avoue que c'était fort émouvant. Les choses se sont par
la suite précipitées et 4 jours plus tard ils bravaient la tempête de neige pour aller chercher leur tout petit de la Gaspésie.
Il aura fallu neuf mois entre le premier téléphone de Nathalie et le moment où ils sont allés chercher leur bébé...
Et voilà mon petit conte de Noël. Je pourrais en écrire plein, car Emmanuel est rempli de ces belles histoires qui sont façonnées par l'attente et l'amour et qui leur donne tout leur grandeur. Et
moi, je ne cesse de m'émerveiller à chaque fois...
Catherine Desrosiers, directrice
Et vous, quelle est votre expérience reliée à l'attente? Laissez-nous un commentaire!
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